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« On s’aime, mais le désir n’est plus là. »

  • Photo du rédacteur: ebeaugrandmasson
    ebeaugrandmasson
  • 12 janv.
  • 4 min de lecture

désir femme

Cette phrase, je l’entends très souvent au cabinet. Elle est parfois prononcée avec tristesse, parfois avec inquiétude, et presque toujours avec une forme de culpabilité.

Comme si aimer sans désirer était nécessairement le signe que quelque chose s’était abîmé dans le couple.


Dans notre imaginaire collectif, amour et désir restent étroitement liés. Nous avons grandi avec l’idée qu’un couple « qui va bien » est un couple qui se désire, et que la sexualité devrait être spontanée, régulière, évidente.

Or, dans la réalité, aimer et désirer ne reposent pas sur les mêmes mécanismes psychiques.


L’amour se construit dans la durée. Il se nourrit de sécurité, de confiance, de rituels partagés, d’une histoire commune. Le désir, lui, fonctionne autrement. Il a besoin de mouvement, de respiration, de surprise et parfois d’un peu d’altérité. Comme l’écrivait Lou Andreas-Salomé dans L’Érotisme (1911), le désir se nourrit de ce qui échappe et ne se laisse jamais totalement posséder. Là où l’amour cherche la proximité, le désir a besoin d’un espace.


Ce décalage explique pourquoi, dans de nombreux couples, l’amour demeure alors que le désir s’efface. Et cela ne signifie pas que quelque chose ne fonctionne plus, mais plutôt que la relation a évolué.


Un point essentiel est souvent oublié : le désir n’est pas uniquement une affaire individuelle. Il ne dépend pas seulement de la libido de l’un ou de l’autre, ni d’un bon fonctionnement personnel. Dans le couple, le désir se construit à deux. Il est le produit d’une dynamique relationnelle, d’un climat émotionnel, d’une manière d’être ensemble au quotidien.

Lorsqu’il s’absente, ce n’est pas forcément une personne qui ne désire plus, mais une relation qui n’offre plus les conditions favorables à son expression.


Au cabinet, il n’est pas rare qu’un partenaire arrive en disant : « Je n’ai plus envie, don c’est moi le problème. » Et que l’autre réponde : « Moi, je pensais que je n’étais plus désirable. » Ces couples s’aiment, mais chacun porte seul une responsabilité qui n’est pas la sienne. Le désir s’est retiré de l’espace relationnel, et chacun l’a interprété comme une défaillance personnelle.

Dans d’autres situations, les couples décrivent une grande complicité, un respect mutuel, une vie familiale solide. Tout fonctionne… sauf la sexualité. Non par rejet ou par conflit, mais par épuisement. La vie quotidienne mobilise l’essentiel de l’énergie : travail, charge mentale, responsabilités parentales, organisation du foyer. Le désir n’a plus vraiment de place pour circuler.

Il est alors important de rappeler que la libido n’est pas exclusivement au service de la sexualité. C’est une énergie vitale, qui peut, selon les périodes de la vie, être investie ailleurs : dans un projet professionnel, dans la parentalité, dans la construction du quotidien.

Lorsque cette énergie est fortement sollicitée, le désir sexuel peut s’effacer temporairement. Non pas parce qu’il a disparu, mais parce qu’il est mobilisé autrement.


Cette mise en veille du désir n’a rien de pathologique. Elle ne signifie pas que le couple va mal, ni que l’un des partenaires est « le problème ». Le désir n’est pas un indicateur de performance individuelle, mais un phénomène relationnel, sensible au contexte, au rythme de vie et à l’histoire du couple.


Beaucoup de personnes me disent : « Avant, c’était naturel. » Mais « avant », il n’y avait pas les mêmes responsabilités, pas la même fatigue, pas la même histoire. Vouloir retrouver le désir tel qu’il était autrefois est souvent une injonction douloureuse, car elle nie l’évolution du couple. Le temps transforme les corps, les attentes, les manières d’entrer en lien. Et cela vaut aussi pour la sexualité.


Le sexothérapeute et psychanalyste Alain Héril rappelle que le désir ne disparaît pas : il se transforme avec la relation. Chercher à le provoquer à tout prix, à le mesurer comme un baromètre de la santé du couple, ou à le forcer, peut au contraire le figer. Le désir ne se décrète pas ; il se cultive, à deux, dans un cadre suffisamment sécurisant et vivant.

Il arrive aussi que l’absence de désir soit un message. Non pas un reproche, mais une invitation à ajuster la relation : redonner de la place au lien, à la parole, à la tendresse, au temps partagé sans objectif. Dans bien des cas, ce n’est pas la sexualité qui est en difficulté, mais la relation qui a besoin de retrouver de la respiration.


C’est souvent à ce moment-là qu’il peut être aidant de prendre du recul. Consulter un·e sexothérapeute ne signifie pas que le couple est en crise ou que la sexualité serait « en panne ». C’est parfois simplement l’occasion de faire le point, de remettre du sens sur ce qui se joue, et de comprendre ce que l’absence de désir raconte de la relation et de son évolution.


Dans l’accompagnement, les pistes sont rarement spectaculaires, mais souvent très concrètes. Certains couples commencent par recréer des temps ensemble sans enjeu sexuel : un moment dédié, régulier, où l’on se retrouve sans parler organisation, enfants ou contraintes. D’autres explorent des exercices de reconnexion corporelle simples : se prendre dans les bras quelques minutes, se masser les mains ou les épaules, réapprendre un contact sans objectif. Ces expériences redonnent une place au corps et à la sensualité, sans pression.

Il peut aussi être précieux de remettre des mots sur ce que chacun vit, en parlant de soi plutôt qu’en cherchant à convaincre l’autre. Le désir circule plus facilement là où chacun se sent entendu, reconnu et respecté dans son rythme.



désir homme

La bonne nouvelle, c’est que le désir n’est pas un capital définitivement perdu. Parce qu’il se construit à deux, il peut aussi se réinventer à deux. Parfois autrement, parfois plus lentement, parfois de façon plus consciente. Il ne revient pas toujours comme avant, mais peut prendre une forme nouvelle, souvent plus ajustée et plus authentique.


Accepter que le couple évolue, que la sexualité change, que le désir ne soit pas constant, c’est déjà sortir d’une vision culpabilisante de l’intime. Ce n’est pas renoncer ni se résigner. C’est reconnaître que les relations vivantes traversent des saisons. Et que l’absence de désir n’est pas forcément un problème à résoudre, mais parfois une étape à comprendre ensemble. Dans bien des situations, ce n’est pas le couple qui va mal. C’est simplement qu’il est vivant.

 
 
 

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